LES MOISSONS D’AOÛT
La moisson, c’était la fête au bout de l’effort.
Quand le blé passait du vert au blond, puis à l’or sec qui crissait sous la main, on savait que l’heure approchait. On guettait le grain entre les dents : s’il craquait net, c’était prêt.
Alors le village entier se mettait en marche. Les hommes fauchaient ou menaient la moissonneuse-lieuse, les femmes et les enfants suivaient, dressant les gerbes en moyettes pour qu’elles finissent de sécher au soleil. On travaillait courbé, dans la poussière et les épis, du lever au coucher.
Puis venait le battage, le grand jour. La batteuse arrivait, prêtée de ferme en ferme, et tout le monde s’y retrouvait : les uns à la gerbe, les autres au sac, les enfants à porter l’eau. La poussière de balle volait et collait à la sueur.
Et le soir, on mangeait ensemble, dehors, sur de longues tables. La fatigue était réelle, mais la récolte était rentrée, et ça valait tous les festins.
La machine a tout réuni en une seule benne — couper, battre, trier, d’un seul passage. Le grain est le même. Mais le repas de fin de moisson, lui, n’a plus lieu.
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